Poulette et Minette

Les cartes postales de la Belle Époque ne sont pas seulement des mines d’images kitsch profondément réjouissantes à collectionner et contempler, en dehors même de leur intérêt documentaire de plus en plus exploité par les historiens, les professionnels comme les amateurs. Elles sont aussi parfois porteuses de messages énigmatiques, qu’ils soient délibérément codés ou que, plus simplement, le passage du temps et les lacunes contextuelles nous fassent imaginer des romans. Entre épigraphie, herméneutique et fabulation spontanée, notre libido sciendi achoppe et doit se résigner à constater l’impasse.

Voici ce qu’écrivait de Lyon le 8 mars 1918 une certaine Minette à une destinataire inconnue mais clairement au fait du contexte. En philologue scrupuleux, nous adaptons la ponctuation:

«Chère Poulette,

Je viens de la mairie du 2ème où j’ai été convoquée par Herriot. Tu sais, ça a réussi et demain je vais prendre une visite à la Charité et je toucherai probablement tout de suite un mois d’allocation. La maman est avec moi et nous sommes chez Tabouret. Tu sais, je veux bien me faire visiter mais pas par un carabin par exemple. À la mairie le bonhomme qui m’a parlé a été très gentil.
Je suis toujours en parfaite santé, il fait très chaud, je suis venue sans manteau.
Je ne vois pas autre chose à te dire.

Grosses bises de ta Minette
qui t’adore à la folie.»Minette-2

L’excellente Bibliothèque numérique de Lyon  de nous renseigne pas sur ce Tabouret. S’agit-il d’un particulier ou, plus probablement, d’un lieu public, café ou restaurant émule du célèbre Tabourey parisien de l’Odéon au 19e s.? En revanche, on connaît parfaitement Édouard Herriot (1872-1957), maire de Lyon de 1905 à 1940 et grande figure de la vie politique sous la IIIe République . Ce Normalien avait écrit de savants ouvrages, dont une thèse sur Mme Récamier. Mais notre Minette n’avait sans doute rien à voir ni avec l’Université ni avec la politique. Que voulait-elle obtenir en obéissant à une convocation? De quelle allocation parle-t-elle? Et pourquoi une visite à l’hôpital est-elle nécessaire? Enfin, comment faut-il comprendre le message imprimé de sa carte postale, d’ailleurs mise sous enveloppe?

«Vers toi s’envole ma pensée.
Elle te poursuit pas à pas
Et son aile jamais lassée
Te frôle au milieu des combats.»

En pleine guerre, ces «combats» se comprennent – mais ne s’agit-il bien que de la guerre qui fait encore rage en mars 1918?CP-Minette-1

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