Valses

Charmant cadeau que ce cahier autographe offrant huit valses originales pour violon composées en 1838 par Auguste Guillemard pour son ami F. Alfred Roussellon !

L’auteur en est-il Antoine Auguste Guillemard, né le 1er mars 1805 à Cambremer, dans le Calvados, et mort à Paris le 2 juillet 1880 ? Si c’est lui, son goût pour la musique ne l’aura pas empêché de devenir substitut du procureur d’Yvetot et Conseiller à la cour de cassation.

Aucune trace en revanche d’Alfred Roussellon, dont le patronyme est à peu près inconnu.

La valse était encore, en France, en 1838, une nouveauté très excitante avec son érotisme implicite très transgressif. La littérature romantique en a fait un emploi surabondant, on le sait, et de multiples jeunes héroïnes y perdirent la tête, comme Emma chez Flaubert :

« Cependant, un des valseurs, qu’on appelait familièrement le « Vicomte » et dont le gilet très ouvert semblait moulé sur la poitrine, vint une seconde fois encore inviter Mme Bovary, l’assurant qu’il la guiderait et qu’elle s’en tirerait bien.
Ils commencèrent lentement, puis allèrent plus vite. Ils tournaient ; tout tournait autour d’eux, les lampes, les meubles, les lambris, et le parquet, comme un disque sur un pivot. En passant auprès des portes, la robe d’Emma, par le bas, se collait au pantalon ; leurs jambes entraient l’une dans l’autre ; il baissait ses regards vers elle, elle levait les siens vers lui ; une torpeur la prenait, elle s’arrêta. Ils repartirent, et, d’un mouvement plus rapide, le Vicomte, l’entraînant, disparut avec elle jusqu’au bout de la galerie où, haletante, elle faillit tomber, et, un instant, s’appuya la tête sur sa poitrine. Et puis, tournant toujours, mais plus doucement, il la reconduisit à sa place ; elle se renversa contre la muraille et mit la main devant ses yeux.
Quand elle les rouvrit, au milieu du salon une dame assise sur un tabouret avait devant elle trois valseurs agenouillés. Elle choisit le Vicomte, et le violon recommença. »

L’épigraphe empruntée à un certain Alcide G. et la charmante vignette de la plume d’Alfred sont dans le même esprit.

   « Et lorsque dans mes bras la valse bondissante
    Vint enchaîner tes bras et ton souple corset,
    Oh ! alors je sentis sous ma main frémissante
         Ton cœur de vierge qui tremblait. »

C’est bien en tout cas à Madame Bovary que peut faire penser cette œuvrette échangée entre Normands putatifs – comme le nom d’Yvetot nous invite à le supposer. Et pourquoi ne pas imaginer Auguste et Alfred en Frédéric et Deslauriers, se rappelant bien plus tard leurs émotions musicales et se disant eux aussi «c’est ce que nous avons eu de meilleur» ?

 

 

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