Le niveau monte

La crue de la Seine atteint son pic le 28 janvier 1910. Fernand Vandérem ne traîne pas: il laisse aussitôt imprimer un lot de cartes postales par l’éditeur A. Berger Frères qu’il sera possible d’expédier dès les premiers jours de février. Elles sont ornées d’une belle phrase, pleine (semble-t-il) de compassion pour les inondés:

«La Seine aura beau faire: elle ne montera jamais si haut que notre charité».

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L’adresse est ici bien de sa main. Mais sans doute ne fait-il pas lui-même tous les envois, comme le montre cet autre exemple. C’est l’éditeur de cartes postales qu’il faut alors créditer de cette ingénieuse publicité:

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Comme beaucoup d’écrivains, d’artistes, d’hommes publics en tout genre du tournant du siècle, Vandérem maîtrise avec talent l’art de personnaliser sa communication en faisant reproduire un autographe en fac-similé. Il ne se distingue cependant pas en prenant en main lui-même l’opération.  Des industriels comme Mariani, dont on connaît les couplets d’hommes célèbres à la gloire de ses boissons énergisantes (comme on ne disait pas encore), avaient parfaitement mis au point le procédé. Il vient boire lui aussi à cette coupe.

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Fernand Vandérem (1864-1939) est bien une célébrité à l’époque, mais à peu près complètement oublié aujourd’hui, sauf des amateurs de Lautréamont qui savent qu’il possédait un exemplaire de la vraie originale des Chants de Maldoror. Il a beaucoup écrit, une multitudes de chroniques, du théâtre, quelques très bons romans qui mériteraient la réédition. Il fut aussi un bibliophile de premier ordre que l’on crédite souvent de la mise au point des critères de la bibliophilie moderne (trois volumes de La bibliophilie nouvelle ont paru). Il avait encore mené vaillamment le combat contre les inepties des manuels d’histoire littéraire de son temps. Sa propre absence des manuels d’aujourd’hui est-elle une forme de vengeance posthume d’une corporation à la mémoire longue?