La Gloire de l’Empire

«Une petite Française ne peut ignorer l’importance de notre empire colonial. Il est le fruit de longues luttes et d’un patient effort de civilisation (…) En 1940, c’est de notre empire qu’est partie l’armée française qui, commandée par les généraux Leclerc, Delattre de Tassigny, Koenig, a aidé le général de Gaulle à libérer la patrie».
Nous sommes le 13 octobre 1945 et Janine Rémond copie sagement dans son cahier d’Instruction civique, de Géographie et d’Histoire (les trois sont liés) ce que lui dicte le maître ou la maîtresse.
Peut-être est-elle encore de ce monde, mais ce monde n’a plus rien à voir avec ce qu’il était il y a 70 ans.
Comment une «petite Française» d’aujourd’hui recevrait-elle les leçons qui évoquent ce qui fut unEmpire? Sans doute reconnaîtrait-elle quelques noms de villes ou de fleuves mais, pour l’essentiel, il n’y aurait plus là que d’étranges ailleurs impossibles à se représenter. Encore plus impossible de se représenter à quoi ressemblaient les Français qui se livraient à un si difficile mais patient «effort de civilisation». Mais comment lui expliquer ce que l’on pouvait bien entendre par «civilisation» — voire par «effort» dans un tel contexte?
Le spectre de l’Empire et les spectres de ses acteurs — colonisateurs et colonisés – hantent pourtant encore les imaginaires, sans qu’ils s’en rendent tout à fait compte, tout comme les espaces bien concrets des villes d’aujourd’hui avec les noms de rues, les statues, les monuments…
Les commémorations ne sont pas seulement des événements annuels avec des figurants de moins en moins nombreux : elles ont lieu à tout moment de manière invisible, inaudible, mais n’en sont pas moins réelles et persistantes.
Pour que leur action sournoise soit plus clairement perçue et donc mieux comprise, ne faudrait-il pas mettre sous les yeux des petites Françaises d’aujourd’hui ces cahiers, témoins de réalités, de convictions, de croyances, d’espérances, d’illusions, de crimes aussi, dont elles héritent sans le savoir?

 

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Un petit monde: le Grand monde

On ne sait à quoi put servir la liste ci-dessous: invitation à une réception? Présences à un mariage ou à un enterrement? Belles relations en tout cas recensées sur un papier portant une couronne comtale.

Les amateurs de littérature remarqueront surtout qu’il ne manque que le nom de Marcel Proust dans cette liste pour qu’ils y retrouvent l’univers familier de leur auteur préféré.

 

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Souvenirs princiers

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André Desvouges fut un important et actif commissaire-priseur (la BnF conserve de nombreux catalogues de ses ventes) des années 1910 aux années 1930. La destinataire du  souvenir mentionné (la canne de Philippe d’Orléans) était la Duchesse de Guise (1878-1961), ex-Isabelle d’Orléans.

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Dans le même lot gardant trace de divers souvenirs de la famille se trouvait également cette enveloppe (vide):

 

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Enveloppe qui avait été fermée d’un sceau de cire noire portant la devise traditionnellement (et faussement)  attribuée à Jeanne d’Arc: «Vive labeur»:

Sceau-Vive_Labeur

 

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La Duchesse doit se soigner

Hélène de Mecklembourg-Schwerin (1814-1858) était l’épouse de Ferdinand-Philippe, le très populaire Duc d’Orléans, fils de Louis-Philippe. La mort accidentelle du Duc, également Duc de Chartres, en 1842, a sans doute interrompu une évolution de la monarchie qui aurait peut-être évité 1848 et ce qui s’en est suivi.

Son Altesse Royale la Duchesse d’Orléans avait quelques ennuis de santé, dont témoignent les ordonnances de son médecin:

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Beau linge

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Une personne distinguée qui veut ne manquer de rien quand elle se rend à Stettin, alors en Prusse (aujourd’hui en Pologne), pour un séjour probablement un peu long, prend soin de confier à la domestique qui va la gérer (Élisabette — sic) une garde-robe un peu sérieuse: 18 chemises de jour (dont 8 garnies de dentelles), 18 chemises de nuit, des camisoles, des bonnets de jour et de nuit, des serviettes, des corsages (en flanelle, en cachemire), des jupons en quantité, des mouchoirs en batiste, etc. Comptés à part, on remarquera 14 mouchoirs «au chiffre de Mrg» mais 9 seulement «au chiffre M.». À part aussi, un joli lot de dentelles dont il allait falloir faire quelque chose…

 

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La famille Reuter, Genève

Les voies des vide-greniers sont impénétrables. Comment le pieux Mémorial de la famille Reuter de Genève a-t-il abouti sur le trottoir du Boulevard Richard-Lenoir, égaré parmi les fripes et les gadgets informatiques obsolètes? C’est le sort des vieux papiers dont les errances démentent une fois de plus le proverbe : scripta volant, au gré des vents, au hasard des vies, des déménagements, des morts et des héritages. Peut-être la lignée de Georges-François Reuter, le héros-fondateur d’une intéressante tribu franco-genevoise, s’est-elle éteinte sans descendance.
Reuter
Ce naturaliste né le 30 novembre 1805 à Paris et mort le 23 mai 1872 à Genève où il était arrivé en 1826, avait fait un parcours intéressant et inusité.

Sa notice en anglais précise (la notice française paraît le confondre avec un homonyme): «Beginning in 1835 he worked as a curator of Augustin Pyramus de Candolle’s herbarium, and from 1841 to 1849, he was curator of Pierre Edmond Boissier’s herbarium. He also collaborated with Boissier on numerous projects that included various plant collection trips. From 1849 until his death, he was director of the botanical garden in Geneva. In 1838 the botanical genus Reutera was named in his honor by Boissier.»

Les relations de Reuter et Boissier (de cinq ans plus jeune) furent manifestement étroites: les notes du Mémorial montrent qu’elles touchaient les deux familles et ne se limitaient pas à des échanges professionnels.

Le document que nous reproduisons est vraisemblablement de la plume de Charles, fils de l’un des fils de Reuter, Charles-Auguste, aquarelliste estimable comme en témoigne l’iconographie en ligne de la Bibliothèque de Genève. Son frère Edmond fut lui aussi un artiste, graveur comme l’avait été leur père à ses débuts parisiens. Il accompagna l’égyptologue Édouard Naville en Égypte. La même iconographie déjà mentionnée lui prête peut-être par erreur des œuvres dues à son frère.

Ce Mémorial recense comme il se doit les naissances, les mariages, les baptêmes, les exploits scolaires, les voyages, les morts, mais aussi les événements météorologiques et les tremblements de terre, qu’on ne savait pas si fréquents à Genève. On perçoit ainsi, malgré le caractère laconique des mentions, ce qu’a pu être pendant quelques dizaines d’années la vie d’une famille genevoise modérément bourgeoise et solidement cultivée. La dernière entrée est de 1920; la date enregistrée la plus ancienne : 1793.

Mémorial-Reuter

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Au K-Veau

Où pouvait bien se situer ce Caveau (appellation classique pour les lieux où l’on chantait) au nom peu réjouissant, même si son emplacement près d’un saloir peut l’expliquer en partie. Il existe semble-t-il encore à Orléans un Passage du Saloir, menant là où l’on stockait le sel autrefois, ressource fiscale qui valait bien en efficacité la TVA d’aujourd’hui. La Gabelle a fait de la résistance puisque, établie au Moyen-âge, elle n’a  été abolie pour de bon (après quelques aléas) qu’en 1945. Ce Passage du Saloir orléanais est-il celui où se donna le programme des réjouissances du 30 avril 1916?

La jeune personne peu vêtue qui orne le programme manipule ce qui pourrait être une marionnette (ou pourquoi pas? un plumeau). Pour quel public? Le Prologue devait être dit par le «camarade» Brisson. Faut-il en conclure que l’événement rassemblait les membres d’une organisation politique ou syndicale? On est en pleine guerre en 1916: peut-être s’agit-il alors d’une soirée pour la troupe, Orléans (s’il s’agit bien d’Orléans) étant une ville de garnison?

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